Bel ouvrage sur les ouvrieres cigarieres de la "manu" de Morlaix. De 1850 a 2004, la plupart des ouvriers etaient des femmes et elles fabriquaient a la main les cigares!

Société, culture et politique dans la France du XIXè siècle

Niveau concerné (cycle 3 ou cycle 4)

cycle 4

Classe

Quatrième

Point du programme abordé

Conditions féminines dans une société en mutation

Compétences mises en œuvre

 s’informer dans le monde du numérique.
 analyser et comprendre des documents.travailler avec des sources variees (romans, peintures, cartes postales anciennes de la fin du XIXe sievle et du debut du XXeme siecle, photographies).
 pratiquer différents langages en Histoire.
 coopérer et mutualiser. Se preparer en Histoire des Arts

Se reperer dans le Temps. Revolution industriel et vie des ouvrieres au XIXeme siecle. Variete des statuts sociaux pour les femmes au XIXeme siecle.

Acquerir une culture humaniste commune et une culture generale. Connaitre des oeuvres du patrimoine commun materiel et immateriel. Histoire de France et histoire regionale.

Acquerir une sensibilite et un jugement.

Emc travailler sur l'egalite entre les hommes et les femmes. notions d'egalite/ 

Feminisme/fraternite/egalite.

Georges Boullet, ingénieur à la Régie d’État du tabac puis directeur de la Manufacture des tabacs de Morlaix, invente la machine à paqueter les cigarettes en 1905. On aperçoit une ouvrière au centre de la carte postale.

l'histoire par la carte postale: on aperçoit la sortie des cigarières ou ouvrières qui travaillaient à fabriquer des cigares à partir de 1850; elles avaient des conditions de travail difficiles mais peu à peu on note lémergence d'une culture ouvrière et de revendications pour améliorer leur sort.

carte postale ancienne de la sortie des cigarières de la manufacture des Tabacs à Morlaix: on aperçoit les femmes vêtues de noir et d'une coiffe.

Etre une ouvrière au XIXème siècle

classe de 4ème

leçon sur les conditions féminines au XIXème siècle

Le cas des cigarières de la manufacture de tabac de Morlaix en Bretagne

 I- la manufacture embauche des femmes

Le tabac plante du Nouveau Monde est découvert par les conquérants Européens depuis le XVème siècle.

A partir du XVIIIème siècle, il existe une manufacture des tabacs près de la rivière de Morlaix vers 1734.

La manufacture est construite de 1736 à 1740;

On emploie la main d'oeuvre enfantine. 

Le travail des ouvrières :

A partir de 1850, la manufacture des Tabacs de Morlaix en Bretagne emploie des femmes.

une cigarière: est une ouvriere qui fabrique à la main un cigare à partir de feuilles de tabac.

Elles fabriqueront des cigares.

C'est donc en 1850 que les femmes rentrent pour travailler dans les ateliers qui jusque là étaient réservés aux hommes.

La politique de recrutement favorise les habitantes de la ville de Morlaix qui sont sur place.

On privilégie les couturières, les repasseuses de coiffe, déjà entraînées aux gestes délicats.

On les préfère aux paysannes habituées aux travaux physiques. A la nouvelle de l'ouverture des embauches aux femmes, les femmes se précipitent vers le bureau d'embauche.

Fabriquer des cigares exige une finesse et une dextérité dans le geste.

 

II- une main d'oeuvre ouvrière féminine à partir de la Révolution Industrielle

a- augmentation numérique et paternalisme social

La part des femmes va augmenter au cours du XIXème siècle. Dès 1890, les femmes représentent

90 %  de la main d'oeuvre de la manufacture.

Il faudra néanmoins attendre 1947 pour le principe dde l'égalité salariale hommes-femmes (encore non respecté de nos jours dans bien des secteurs économiques).

Pour stimuler les efforts des femmes, on récompense les bons résultats: des prix de 80 francs augmentés de dons de "personnes bienveillantes" de Morlaix convertis en livrets de caisse d'épargne, distinguent les meilleures ouvrières.

Dès 1882, on installe une bibliothèque dans l'établissement pour que les ouvrières alphabétisées puissent lire.

En1877, une crèche comptant 9 berceaux confiés à la surveillance d'une religieuse est installée non loin de là.

La crèche est soutenue par la municipalité de Morlaixet par la "Manu".

Une caisse de loyers est crée pour rassurer les propriétaires qui logent les ouvrières.

Une prime de 20 puis 30 francs est accordée

aux ouvrières qui accouchent. En 1885, on aménage une salle de bains avec 7 baignoires. Un bain par mois

est autorisé!

On installe des poêles à charbon dans la salleoù travaillent les ouvrières.

b- Revendications salariales

Elles demandent des augmentations de salaire: 

en 1893, ce sont les robeuses qui revendiquent. Une lettre est adressée à la Direction générale. Elles obtiennent l'augmentation demandée!

Une caisse des convalescents est crée en 1893.

Le 20 Février 1893, un syndicat est crée et réclame une augmentation des salaires.

Le matin du 20 février à 8h00, la main d'oeuvre cesse le travail. C'est la grève!

La main d'oeuvre est surtout composée de femmes (environ 1781 ouviers en 1879 dont une majorité de femmes). La ville compte 14 000 habitants.

Les femmes ont une tabatière dans leur poche de toile de jupon.

c- réduction de la journée et du temps de travail

La semaine de travail passe de 54 à 49 h (la semaine anglaise).

Les cigarières gagnent 30 à 40% de moins que leurs collègues masculins.

Il faut attendre 1947 pour qu'une grille unique des salaires soit élaborée.

A la fin du XIXème siècle, les ouvriers et ouvières sont considérés comme privilégiés par rapport aux autres car ils ont une certaine sécurité de l'emploi et n'ont pas à redouter de période de chômage.

III- Des conditions de travail difficiles

a- Leurs conditions de travail restent difficiles néanmoins: pénibilité du travail, station debout, humidité de l'air, travail intense nécessitant beaucoup de dextérité pour trier les feuilles de tabac, concentration, rapidité surprenante.(témoignage vers 1903 de la citoyenne Jacoby de la CGT).

Les risques de maladie existent comme les risques de varice ou autres maladies du bassin.

Dix heures de travail constituent des conditions rudes de travail dans des ateliers insalubres, où elles sont exposées à la poussière et aux vapeurs nocives de tabac.

Les médecins de l'époque notent les risques de décès de "nicotinisme" (du nom de l'herbe à Nicot ou tabac).

La discipline dans les ateliers est tatillone sous l'autorité de chefs et de  "petits-chefs".

b- Tous les travailleurs sont soumis à la "fouille".

 

A chaque sortie, en présence des chefs de section et des contremaîtres, on doit se ranger. Ouvriers et ouvrières ne doivent plus bouger et des fouilleurs sélectionnés parmi eux sont alors désignés: 

on fouille les vêtements et les chaussures.

Il est interdit de sortir sans être fouillé sous peine de renvoi tant on a peur des vols.

Des peines de poursuites sont engagées contre les resquilleurs.

Jusqu'en 1864, les grèves sont interdites aux ouvriers.

c- Progrès et amélioration du sort des ouvrières à la fin du XIXème siècle

Le 21 Mars 1884, c'est la loi sur les syndicats qui autorise les personnes exerçant la même profession ou des métiers similaires de se constituer sans autorisation du gouvernement en syndicats ou associations professionnelles.

En réalité, les syndicats étaient constitués quelques années auparavant, de fait.

Vers 1900, 91% des travailleurs du tabac étaient des femmes.

Certaines s'engagent dans un syndicat. Peu à peu, on note une progession du taux de syndicalisation parmi les ouvières, timides au départ -nature féminine jugée indolente, passive et inerte au XIXème siècle selon les préjugés.

Les travailleuses de la manufacture vont peu à peu avoir des droits à une retraite ( 400 francs pour les femmes en 1892 CONTRE 600 FRANCS POUR LES HOMMES). il faut avoir 60 ANS et avoir cotisé 30 ans pour avoir une retraite.

En 1892, les travailleurs réclament la journée de Huit heures et l'établissement d'une crèche.(il en existe dans plusieurs manufactures pour les jeunes mères).

Des 1892, les travailleuses et leurs collègues réclament une assurance en cas d'accident sur le lieu de travail avec prise en charge par l'administration des frais.

Elles réclament aussi le remboursement des frais médicaux et des indemnités journalières à hauteur de 50%.

Le dernier atelier a fermé en 2004: un pan de l'histoire de la ville et des cigarières était bel et bien passé. Aujourd'hui, le bâtiment est un centre culturel. 

sources:

"La manufacture des tabacs de Morlaix. Quatre siècles d'histoire", Anne Guillou.

Skol Vreizh

 Emile Zola, Les Rougon -Macquart