Jules Adler MahjLa Soupe des pauvres, 1906
Huile sur toile
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
© Roger Viollet © ADAGP, Paris 2019

Photo d'une expo Jules Adler a Dole 2017.Facebook.

C’est cette journée de grève et de manifestation que peint Jules Adler. Tous les éléments constitutifs du tableau sont empruntés à la réalité observée : comme l’attestent ces photographies qui ont été prises du cortège, le paysage marqué à droite par les chevalets des mines Saint-Pierre et Saint-Paul, les manifestants en nombre, la multiplication des drapeaux tricolores et les rameaux pacifiques arrachés aux arbres, la présence des femmes, dont le rôle fut notable pendant la grève, et les enfants portant des tambours…

Cependant Adler modifie certains aspects et les organise différemment. Il choisit notamment de mettre en valeur les mains fraternellement serrées en tête du défilé à la place des tambours et des clairons ; il mélange les âges et creuse les traits des manifestants. Surtout, il représente une foule désordonnée, alors que les usages de la manifestation imposaient un cortège structuré et au pas souvent cadencé.

L’intention principale du peintre est visiblement, grâce au cadrage et au grand format, de transformer celui qui contemple son tableau en spectateur de la manifestation. Au-delà des détails véridiques empruntés au Creusot, c’est un témoignage universel qu’il veut porter. Il peint la condition ouvrière comme un modèle de fraternité malgré la dureté du travail et surtout comme une promesse de libération : la femme portant le drapeau au premier plan n’est-elle pas une « moderne Liberté » reprise de l’allégorie de Delacroix ?

Pour l’historienne Michelle Perrot, à travers ce tableau, « le calme Creusot fournit à l’imagerie de la grève une de ses représentations les plus célèbres ».

 

C’est après avoir assisté à la manifestation des ouvriers des usines Schneider que Jules Adler peignit La Grève au Creusot, son tableau le plus célèbre.1899. PEINTURE DE JULES ADLER.

La mere. JULES Adler. Musee Poznan.

Jules Adler, peintre du peuple

Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

17 octobre 2019 –  février 2020

 

Né à Luxeuil-les-Bains en Franche Comté, au sein d’une famille juive d’origine alsacienne, Jules Adler (1865-1952) est un peintre naturaliste à l’origine d’une œuvre aussi forte que singulière. A travers 170 peintures, dessins, gravures et documents – dont de nombreux inédits -, cette rétrospective permet de découvrir l’œuvre originale d’un artiste pris entre modernité et académisme, et son inscription dans le contexte social et politique de la France de la Troisième République. Elle offre aussi l’occasion d’aborder les résonances de sa judaïté dans ses engagements d’homme et d’artiste.

Dreyfusard de la première heure, l’artiste développe une vision du monde proche de celle d’Émile Zola (1840-1902), s’intéressant aux différentes figures du peuple : des ouvriers des manufactures et des mines aux petits métiers parisiens, des déracinés des villes aux paysans et marins, hommes, femmes, enfants ou vieillards partageant, sinon un même destin, une forme de relégation.

Jules Adler Peindre sous la IIIe Republique