Thème 3: Société, culture et politique dans la France du XIXème siècle

Programme 4eme

  • Une difficile conquête: voter de 1815 à 1870.
  • La Troisième République.
  • Conditions féminines dans une société en mutation.

 

tres bel article de Laurent Geoffrin dans "Liberation" du 9 Aout 2019.

Louise Michel dans la serie Les Figures de la Liberte.

Quelques articles en libre lecture.

Louise Michel est socialiste et libertaire, à Montmartre comme dans sa Haute-Marne natale, et jusqu’à Nouméa. Elle est la femme symbole pour toutes les femmes, l’héroïne de la révolte pour tous les révoltés.

Ce refus de l’autorité, cet amour de l’égalité, elle les a appris dans un château. Louise Michel est la fille d’une servante qui travaillait dans le sombre manoir de Vroncourt-la-Côte, au cœur austère de la Haute-Marne. Son père ? Le fils des châtelains, Laurent Demahis, ou peut-être Etienne-Charles, le châtelain lui-même, on ne sait, l’un et l’autre soupçonnés d’une liaison ancillaire. Les Demahis, en tout cas, élèvent la petite Louise comme leur fille ou petite-fille, enfant naturelle choyée et bien éduquée. Ils sont adeptes des Lumières, aristocrates éclairés ralliés aux principes de 1789. A l’enfant de l’amour, ils inculquent l’amour de la liberté et de la raison, lui faisant lire Voltaire, Rousseau et les Encyclopédistes, loin des préjugés de leur classe et des valeurs étriquées de la Restauration louis-philipparde. Mais l’injustice la rattrape. A la mort des deux grands-parents, en 1850, la propriété est vendue. Tel Candide chassé du plus beau des châteaux d’un grand coup de pied dans le derrière, la mère et la fille doivent partir, ramenées à leur condition première de domestiques sans état ni pécule. Louise doit travailler. Elle a de la culture : elle fait ses classes pour devenir institutrice. En même temps, amoureuse des livres, elle caresse le rêve d’une carrière littéraire. Sans aide, sans appui, elle envoie ses textes au grand Victor Hugo, qui lui répond. Ils se voient à Paris. L’a-t-il séduite ? On ne sait, mais elle figure dans le carnet où le maître consignait ses aventures féminines. C’est en tout cas le début d’une longue amitié, épistolaire pour l’essentiel, entre le géant des lettres et «l’obscur bas-bleu» (l’expression est de Louise) qui noircit sans relâche du papier de son écriture heurtée et incertaine, produisant à jet continu romans, poèmes, libelles et philippiques.

Agir à sa guise

En 1853, elle refuse de prêter serment à Napoléon III, monté sur le trône un an plus tôt en étranglant la République. Elle quitte l’enseignement public, et réussit à ouvrir une «école libre» à Audeloncourt, non loin du château natal. Pour elle, le savoir est le tremplin de l’égalité. Son école est pour tous, les filles et les garçons reçoivent le même enseignement, destiné à éveiller l’esprit critique autant que la transmission des connaissances. Les recteurs s’inquiètent mais son dévouement est tel qu’ils laissent l’institutrice agir à sa guise. En 1856, elle monte à Paris, ouvre une deuxième école et s’essaie à la poésie. C’est là qu’elle rencontre la fine fleur du Paris révolutionnaire : Jules Vallès, Raoul Rigault, Emile Eudes… Républicaine révoltée par la misère ouvrière - c’est l’époque de l’impitoyable développement industriel, des journées de douze heures, des salaires de misère, des taudis et des révoltes cruelles dont Zola sera le peintre minutieux -, elle devient blanquiste, ralliée à la révolution socialiste et à l’insurrection fomentée par de ténébreux conspirateurs à longue barbe. En 1865, elle ouvre une autre école à Montmartre et fait la connaissance de Clemenceau, le médecin des pauvres, bientôt maire du quartier, avec lequel elle entretient une fidèle amitié qui survivra à leurs désaccords politiques.

A l’été 1870, Napoléon III entre imprudemment en guerre contre la Prusse de Bismarck. C’est la déroute de l’armée française, taillée en pièces par les soldats de Guillaume Ier. Les Prussiens piègent à Sedan un empereur malade qui n’a pas le génie stratégique de son oncle. Le 4 septembre, la République est proclamée ; le 19, l’armée prussienne met le siège devant Paris, qui résiste héroïquement. Louise Michel est présidente du Comité de vigilance des femmes de Montmartre. Avec l’aide de Clemenceau, elle organise une cantine pour les enfants pauvres et se lance corps et âme dans la défense de la ville éprouvée par la famine. Le 18 janvier 1871, humiliation radicale, l’empire allemand est proclamé dans la Galerie des glaces de Versailles. Le 28, le gouvernement provisoire signe un armistice et, le 8 février, les élections législatives désignent une majorité monarchiste «pour la paix», alors que les députés de Paris, issus du socialisme et du républicanisme intransigeant, sont «pour la guerre».

Extrait de l'Article de Laurent Geoffrin dans le journal Liberation du 9.08.19.