L'éducation selon Michel Serres.

Quel impact auront ces cours en ligne sur l'enseignement?
La fonction d'enseignant a déjà évolué depuis longtemps. Quand je pénétrais dans mon amphithéâtre, il y a à peine trente ans, mes étudiants ne savaient rien de ce que j'allais dire. Depuis quinze-vingt ans, quand j'y rentre, je me demande si mes élèves ont regardé le sujet du cours sur Internet, sur Wikipédia. La présomption d'incompétence a fait place à une présomption de connaissance : nos étudiants sont déjà informés. Ces nouveaux cours en ligne auront un impact très important. Mais à quel point? Nous sommes encore, aux États-Unis comme en France, dans une phase de rodage. 

Le "prof classique" est-il voué à disparaître?
Le métier changera, mais le prof classique qui donne son cours dans une classe ne sera pas éliminé pour autant. On aura toujours besoin d'un expert pour un détail, une explication supplémentaire. Quand vous êtes paumé dans les rayons d'un grand magasin, vous cherchez toujours un vendeur. Face à la profusion des savoirs, ce sera la même chose avec les enseignants. De plus, Internet et les nouvelles technologies permettent de faire beaucoup de choses depuis chez soi, ce qui accentue la solitude. Toute la question sera de savoir : est-ce que je peux trouver de nouvelles manières d'être avec quelqu'un? La classe, c'est aussi un lieu d'échanges, d'exemples, de questions : une communauté.

Les identites multiples de Michel Serres

Votre carte d’identité porte vos nom, prénoms, sexe et nationalité, puisque vous appartenez à telle famille, ce genre et un pays. Or ces marques n’épuisent pas vos caractéristiques particulières, innombrables et variables dans le temps.De scandaleuses injustices et d’insoutenables misères naissent, le saviez-vous, d’une faute de logique, souvent commise, qui consiste à confondre votre identité avec l’une ou l’autre parmi vos appartenances.Par la première, singulière, vous êtes vous-même, individu ou personne inimitable, telle que, sans doute, la génétique jamais avant vous ne la trouva ni ne la répétera aussi longtemps que dureront les vivants.Par les secondes, toujours collectives, vous faites partie des Français ou des Algériens, des bruns ou des chauves, mâles ou femelles, Blancs ou Noirs, chrétiens ou athées, savants ou bacheliers, que sais-je.Le racisme, par exemple, consiste à traiter quelqu’un comme si sa personnalité s’épuisait en l’une de ses appartenances, choisie et persécutée : vous êtes noir ou mâle ou catholique ou roux. Ainsi, parler de l’identité masculine ou nationale revient à réduire la personne à une catégorie ou le collectif à l’individuel : faute de logique, dangereuse humainement. Non, vous ne faites que partie de tel pays ou de votre sexe.De là fondent sur le monde tant de malheurs qu’il faut redresser cette commune erreur.Votre carte d’identité, bien nommée, ne comporte donc que deux ou trois de vos appartenances, parmi celles qui demeurent fixes toute votre vie.

Michel Serres. "Les arbres de la connaissance" (1999).

Michel Serres, philosophe Francais, est mort samedi 1er Juin 2019 a l'age de 88 ans.

La Revolution numerique bouleverse nos vies et notre rapport au temps.

Ou le philosophe analyse les bouleversements que connait l'humanite aujourd'hui:

- 1% d'agriculteurs.

- desertification des campagnes et vision idyllique de la mer et de la montagne par les citadins.

- revolution technologique: les petits poucets et les petites poucettes accedent a l'information ( mais pas forcement a la connaissance).

- la revolution numerique est comme le Neolithique ou l'invention de l'imprimerie au XVeme siecle.

- il ne faudra pas "donner nos donnees"...

-reussite et emancipation feminine . Les petites "poucettes" accedent desormais a la connaissance.

Petite poucette...

C'est ici que nous allons rencontrer Petite Poucette.

Mais qui est donc Petite Poucette, un être virtuel ? C'est une héroïne de notre siècle, née au début des années 80 elle a plus de trente ans et fait donc partie de ce que l'on nomme la "génération Y". Le monde numérique fait partie de sa vie ; elle surfe sur les réseaux sociaux , son smartphone branché en continu. Son temps est arrivé face à l'ancien monde. Michel Serres en est l'auteur (Petite Poucette, Éditions Le Pommier, 2012). De par sa culture encyclopédique, son parcours international, et son extraordinaire enthousiasme, il nous offre à la fois une vision de philosophe et d'historien des savoirs. Il nous fait ainsi partager l'extraordinaire mutation sociétale que notre monde vit à l'issue du développement des nouvelles technologies de la connaissance. Pour lui, l'avenir appartient à Petite Poucette et à ses amis virtuels qui tapotent leur nombre considérable de "mails" et de "SMS" sur leurs smartphones nouveaux emblèmes de la modernité. Et toute transmission du savoir devient inutile : "Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c'est fait" nous dit-il.

Extrait par Eliane Jacquot. Agoravox. Le petit Prince et petite poucette de Michel Serres (2012)