Thème 2 - Société, Église
et pouvoir politique
dans l’occident féodal (XIe
-XVe
siècles)


• L’ordre seigneurial : la formation et la domination des campagnes
• L’émergence d’une nouvelle société urbaine
• L’affirmation de l’État monarchique dans le Royaume des Capétiens et des Valois

Comment mettre en œuvre le thème en classe ?
Faire saisir une dynamique
L’aspect dynamique du thème est central, et permet de ne pas donner l’image d’un
Moyen Âge figé.
La dynamique de l’expansion peut être abordée d’abord « au ras des campagnes », dans le
prolongement de la notion « d’habiter » développée au cycle 3, pour mettre en relief à la fois
l’extension des terroirs et la croissance de la population : rappelons que dans le thème 1 de
géographie du programme de cinquième figure la question « la croissance démographique
et ses effets », et que le thème 2 permet de mettre en lien cette croissance et la question
des ressources alimentaires. Dans une phase de radoucissement du climat, la surface des
terres cultivées augmente, ce dont témoigne encore aujourd’hui la toponymie (« Villeneuve »,
« Bourgneuf », « Les essarts » et leurs multiples déclinaisons locales) et la population ouest-
européenne double entre le XIe
et le XIIIe
siècle. Cette croissance a des effets qui peuvent
intéresser nos élèves : par exemple, la généralisation du nom de famille à partir du XIIe
siècle,
pour différencier plus aisément des individus devenus plus nombreux.
Présenter l’ordre seigneurial à partir d’un exemple
Aborder ensuite le cas d’une seigneurie permet de donner le cadre de cette expansion
rurale et une des sources de cette expansion par la relative stabilité apportée. L’importance
de la paroisse comme cadre de vie des paysans, comme le fait qu’il existe des seigneuries
ecclésiastiques, permet d’introduire l’Église dans le thème. D’Ardres dans le Pas-de-Calais à
Vilarnau dans les Pyrénées-Orientales, les exemples locaux peuvent être sollicités.

La domination des seigneurs est très nettement affirmée au début de la période et connaît
par la suite certains assouplissements. Elle s’exerce par une relation directe entre le seigneur,
laïc ou religieux, et les paysans (« vilains ») du territoire de sa seigneurie ; cette domination ne
peut être réduite au servage (minoritaire au début de la période puis en voie d’extinction). Le
dominium a une double origine, foncière et politico-juridique. L’octroi de bénéfices aux vassaux
et la décomposition de l’autorité carolingienne, entamée dès la seconde moitié du IXe
siècle,
ont fait du seigneur à la fois le possesseur de la terre, confiée en « tenures » héréditaires aux
paysans, et le détenteur du pouvoir. Au XIe
siècle, il se crée ainsi « un certain équilibre social
et politique grâce aux pouvoirs locaux et d’allure privée » (Dominique Barthélémy), quand bien
même cette domination est rude et les conflits locaux nombreux. Mais l’expansion, qui conduit
à mettre en valeur de nouvelles terres, par des défrichements et l’assèchement des marais,
permet parfois aux paysans de négocier des « chartes de franchises » qui fixent leurs droits et
obligations face au seigneur.
Les villes elles-mêmes croissent aux XIIe
et XIIIe
siècles et desserrent les liens de la
domination féodale. À la fin de notre période, on estime que les urbains représentent 20%
de la population européenne, regroupés surtout en Italie du Nord, en Flandre, dans l’axe
rhénan et au sein du royaume de France. Le plus souvent, elles négocient avec le seigneur des
chartes de franchises, parfois elles deviennent une « commune » qui s’administre elle-même
et où s’affirme le groupe social de la bourgeoisie commerçante. De nouveaux modes de vie s’y
développent (consommation de pain frais avec la naissance de la corporation des boulangers,
de viande de bœuf avec la naissance de la corporation des bouchers).
L’Église est à la fois immergée dans le monde féodal, ne serait-ce que par sa richesse
foncière, et porteuse de valeurs différentes. Elle « impose le modèle d’un gouvernement drapé
dans sa majesté et les rouages d’une administration apte à contrôler les hommes en fait et
en conscience » (Dominique Iogna-Prat). Rendue plus cohérente et soudée par la réforme
grégorienne au début de la période, capable tant d’absorber certains discours apparemment
hétérodoxes (celui des ordres mendiants du XIIIe
siècle) que d’exclure tel ou tel groupe, elle est
seule capable de produire un discours global qui conforte sa situation de premier ordre. Elle
encadre la vie quotidienne des fidèles, imposant lentement son cadre moral, et s’appuie sur
son quasi-monopole de l’écrit qui lui permet, par exemple, de contrôler la nouvelle institution
universitaire : c’est dans les Universités que l’on apprend le droit canon et le droit romain. Elle
sacre les rois d’Aragon, de France, d’Angleterre et les empereurs romains germaniques. Elle
lance le mouvement de la « paix de Dieu » aux Xe
et XIe
siècles pour protéger les biens d’Église
et les populations et bénit ensuite la chevalerie qu’elle entraîne dans les croisades.
C’est à partir de la féodalité et de l’appui de l’Église que les Capétiens construisent leur
domination. Ils s’appuient sur le mouvement d’organisation de la féodalité qui conduit au
regroupement de grands vassaux sous l’autorité de grands princes. Hugues Capet est l’un
d’eux : « duc de France », il possède, quand il devient roi en 987, un domaine, qui s’étend
essentiellement en Ile-de-France et dans l’Orléanais, qui devient le « domaine royal ».